Commencer la saison par 3 courses en un week-end et sur 2 motos différentes … même pas peur ! Oui mais 3 courses, c’est aussi 3 qualifications, 3 essais libres, 2 motos au contrôle technique. Mais c’est surtout 3 départs qu’il ne faudra pas foirer comme l’année passée !

Et cette fois, tout ne va vraiment pas, mais alors vraiment pas se passer comme d’habitude…

Mercredi 17 avril – Essais libres

Cette année au Mans, nous « abandonnons » le paddock women’s cup du karting. Nous nous installons à l’intérieur de l’enceinte avec nos amis du Ducati Club de France. 2 années se sont écoulées depuis notre dernière course avec cette organisation passionnée de rouge. Et, à peine installés, nous retrouvons déjà l’incroyable et chaleureuse ambiance que nous avions découverte durant les 300 Miles du Vigeant.

Et pour bien commencer la journée, quoi de mieux que d’aller rouler ?! J’attaque cette matinée par 2 essais libres. Le 1er pour la Women’s Cup avec la Panigale V4. Le 2ème pour les courses du DCF avec la Panigale 899. La mise en route « pilote » se fait plutôt bien, et la transition entre les 2 motos avec 70 ch de différence aussi !

Contrôle technique et administratif de Little Panini pour les courses « La Battaglia Dei Bicilindrici Bolognesi » check. Oui parce qu’au Ducati Club de France, on est marqués au fer rouge par la marque italienne. Et même dans l’intitulé du Championnat, on retrouve un combo parfait d’art culinaire italien et de virilité. Ce qui donne franchement envie d’aller en découdre sur la piste ! J’en ai déjà l’eau à la bouche !

Jeudi 18 avril – Essais Women’s Cup et Qualifications DCF

  • Contrôle technique Women’s Cup

C’est l’heure du contrôle technique et administratif et le moment de vérité : est-ce que Big Panini passera au sonomètre ? La Castafiore a entonné son Bel Canto et visiblement fait saigner les oreilles des commissaires …

107 Db annoncés. Je tente le tout pour le tout en allant à la commission de course. Objectif, leur demander d’accepter de me faire un test en dynamique (car déjà mesuré à 101,5 db lors des pré-Mans). Malgré toute leur bonne intention pour me trouver une solution, Jean-Marc Deletang finit par capituler quand, au téléphone on lui annonce finalement que ma V4 sort un joli 112 db ! Oups… Un grand  merci à eux d’avoir pris le temps de m’écouter et de tout faire pour me trouver une solution.

Du coup,  c’est Little Panini qui s’y collera pour un essai, une qualification et une course de plus. Oui mais la petite, « tiendra » ou « tiendra pas » ?

  • Essais Women’s Cup et Qualifications DCF

J’hésite à faire les essais libres de la Women’s Cup avec Little Panini afin de la préserver pour la Q1 du DCF qui a lieu juste derrière. Je décide finalement d’aller rouler afin de me situer globalement par rapport aux autres concurrentes.

P4 aux essais de la Women’s Cup, puis P4 en Q1 du DCF ! Dois-je y voir un message ?

Vendredi 19 avril – Courses DCF et Qualification Women’s Cup

Et voilà la grosse journée de la semaine !

Q2 du DCF de 9h00 à 9h25 / Course 1 du DCF à 14h00 / Qualification de la Women’s Cup à 15h50 / Course 2 du DCF à 17h20

V’là le casse-tête chinois pour mon Team en ce qui concerne l’organisation en pré-grille et surtout les changements de pneumatiques ! Mais comme toujours j’ai pu compter sur une équipe au top qui a géré toute cette « cuisine italienne » aux petits oignons et ce, malgré les surprises de dernière minute…

  • Q2 du DCF

Remontée comme une « pile électrique » je mets le paquet et termine P2 de ma Q2. Au combiné des deux qualifications, je  partirai P3 de la 1ère ligne pour mes 2 courses du DCF ! Je commence à y croire à ce podium !

  • Course 1 du DCF

14h00, nous y voilà. Concentrée depuis déjà plus d’une heure, je m’enferme dans ma bulle et ne pensant qu’à une seule chose… mon départ.

Pour la 1ère fois de ma vie j’ai une vue dégagée, sans aucune moto devant moi sur la grille de départ. Mes yeux fixent le feu rouge de la passerelle et j’oublie tout ce qui m’entoure. Feux éteints, je lâche les bourrins et réussit enfin mon départ de course !

En 3ème position, je me mets à batailler avec un autre concurrent pour la P3. Mais, ce petit jeu commence à nous faire perdre de la distance sur le 2ème. Je le laisse du coup en tête me tracter afin de remonter petit à petit sur la P2. Et puis à 3 tours de la fin, impossible de garder le rythme, je décroche d’un coup perdant de plus en plus de secondes à chaque tour. Ma moto ne tourne plus, mon pneu arrière glisse même sur un filet de gaz. Je vois malheureusement le podium s’envoler, ne pouvant absolument rien faire, mais surtout ne comprenant pas ce qui se passe. je m’inquiète de savoir si j’ai suffisamment d’avance sur les concurrents de derrière.

Je passe finalement le drapeau à damier à la 4éme place, contente d’avoir sauvé les meubles, mais un peu déçue d’être passée si prêt du podium.

Je comprends surtout ce qui s’est passé quand un concurrent m’arrête en sortant de la course. Mon pneu arrière est tout défoncé. Crevaison lente à quelques tours de la fin. Je suis finalement satisfaite de cette 4ème place dans ces conditions, mais surtout soulagée d’être restée sur mes roues…

  • Qualification Women’s Cup

C’était pas prévu, mais du coup changement de pneu illico presto avant de repartir pour l’unique qualification de la Women’s Cup.

Calme et studieuse, j’écoute et j’applique la stratégie de mon Team. Au panneautage, les garçons me font sortir au bout de 5 tours. Je suis à ce moment 4ème, trop loin des 3 premières mais avec une avance suffisante sur la 5ème. Nous décidons de m’économiser moi et mes pneus, pour la 2ème course de la journée.

P4, job is done ! On remballe pour préparer la 2ème Baston !

  • Course 2 du DCF

17h20, et le soleil est toujours aussi flamboyant ! Placée sur la grille de départ, je me surprends à être encore plus sereine que pour ma course précédente. Maintenant que j’ai pigé le truc pour ne plus foirer mes départs, ma motivation pour croquer du ragazzi n’en est que plus grande 😉

Les feux s’éteignent, je décolle tel un sprinteur de ses starting blocks et fais un holeshot digne d’un départ à la Pedrosa ! Même mon Team en voyant mon casque rouge réapparaître dans la Dunlop, n’en revient pas !

Bon, je ne reste pas bien longtemps en tête et me fait rapidement repasser par les 2 premiers de la grille. Mais je reste concentrée avec 2 objectifs : M’accrocher au wagon de devant et mettre suffisamment de distance entre moi et le 4ème. Au panneautage, je vois que je prends de plus en plus d’avance sur le 4ème. Puis en arrivant dans la chicane de la Dunlop, j’aperçois le leader de la course arrêté sur le bas côté.

P….., je suis P2 !

Et là, je me transforme en une (ou plusieurs) autre personne ! Comme si tous les pilotes du moto GP étaient rentrés dans mon corps. Les yeux vissés sur celui qui me précède je remonte de plus en plus vite sur lui et commence à comprendre que la victoire est alors possible ! Entre-temps, j’ai dû balancer mon cerveau dans un virage, car à ce moment précis de la course, je ne pense qu’à une chose, GAGNER : la P2 même pas en rêves !

Et la pression, elle n’était pas que dans les pneus cette fois-ci, mais bien aussi sur « ma cible » ! Je le revois se retourner entre le virage du Garage Vert et Chemin aux Boeufs, pour savoir si je lui collais coller au derch.

Et là, avec la banane sous mon casque,  je me disais « Eh oui c’est moi, c’est Lili » !  😉

Oui, enfin jusqu’à ce qu’un excès de confiance mais surtout une grosse dose d’impatience me fasse perdre l’avant dans le virage du Musée. À 4 tours de l’arrivée, alors qu’il me restait largement le temps de faire le contact, me voilà dans le bac à graviers. J’ai senti direct en lâchant le frein que j’avais dépassé la limite autorisée !

Paradoxalement, en me relevant après ma roulade dans les cailloux, je n’ai pas ressenti de la déception. J’ai levé mes bras en les faisant retomber comme pour dire « Dommage, j’ai joué et j’ai pas gagné ! ».

Au final, j’aurai regardé la fin de course de l’autre côté du bac. Panini posée sur le mur et moi faisant des selfies avec les adorables commissaires de piste.

Même si je sais que dans le coeur de mon Team, tout a du s’écrouler comme un château de carte, ils ne m’en ont pour autant pas voulu. Et la première chose qu’ils m’ont dit en arrivant : « Lili, on le sait… tu voulais gagner… pas de regrets à avoir ».

Finalement je n’ai pas terminé, ni sur la plus haute marche, ni même sur le podium, mais j’ai touché du doigts un sentiment nouveau. Celui de pouvoir accéder à la victoire. Et même en terminant au fond du bac à gravier, je n’oublierai jamais l’incroyable plaisir que j’ai pris durant ces 8 tours de course.

Cette course restera gravée à jamais dans ma mémoire et dans mon coeur. Et puis la consolante aura tout de même été de monter sur le podium en tant que 1ère féminine avec la copine Fab ! 2 « ragazza » contre 44 « ragazzi » c’est déjà une belle victoire 😉

Samedi 20 avril – Course Women’s Cup

Remise de mes émotions de la veille, il a fallu réparer Panini. Encore une fois, superTiti aura trouvé des solutions alors que nous n’avions pas prévu de pièces pour la 899. J’avais pourtant promis que je resterai sur mes roues…

10H20, départ de la Women’s Cup. Cette fois en P4, je pars de la deuxième ligne au cul des 3 avions de chasse de la catégorie. Extinction des feux rouges et surprise ! Oooops I did it again ! Holeshot ! Même si ma course en tête ne dépassera pas le premier virage avant que je ne vois mes 3 concurrentes s’éloigner loin devant moi.

Mais cette course allait se dérouler dans des conditions bien compliquées. Dès les premiers tours, une pilote s’envole dans la Dunlop. La course n’est pas arrêtée mais une longue trace d’absorbant vient se mettre sur la trajectoire. Puis alors que je viens de me faire passer par Sandrine, elle se catapulte juste devant moi, en passant justement sur cette trajectoire bien piégeuse. Impressionnante chute et drapeau rouge de surcroît.

La course est stoppée, mais la commission de course décide de nous faire repartir pour 4 tours. Oui, mais pendant ce temps, nous nous retrouvons avec toutes les pilotes, à poireauter une bonne 20aine de minutes en parc fermé, sans couvertures chauffantes…

Incompréhension de tous les Team qui se voient refuser l’accès pour nous remettre les chauffantes. Appréhension en ce qui me concerne de reprendre le départ dans de telles conditions. La leçon de ma course de la veille m’ayant fait prendre un peu plus de maturité, je décide de jouer la carte des points pour le Championnat.

P4 dans le dernier tour, je me fais passer par une concurrente qui ne joue pas tout le Championnat. Pas question de batailler dans ces conditions. Miss Panini semble avoir des stigmates de sa galipette de la veille et ne se comporte pas comme d’habitude. J’assure mes points en passant la ligne d’arrivée P5 au scratch et P4 dans ma catégorie.

Même si j’ai vraiment eu du mal à prendre du plaisir sur cette dernière course aux vues des conditions compliquées et de la mise en danger des pilotes, je termine ce premier week-end de compétition sur un petit nuage. Pour un début de saison, je n’en espérais pas tant :

J’ai joué devant et pour la gagne parmi les garçons ;

J’ai amélioré mes chronos avec Panini alors que je n’avais pas roulé avec durant les entraînements de cet hiver ;

J’ai mis fin à la malédiction des départs foirés et suis même devenue la spécialiste du holeshot le temps d’un week-end ;

J’ai marqué de précieux points pour le Championnat de France ;

Je me suis découverte une force insoupçonnée et j’ai boosté mon capital confiance pour la suite ;

J’ai pris Ô quel pied d’enfer à rouler avec mes motos ;

Et puis, il paraîtrait même que j’ai foutu un peu d’ambiance dans les tribunes durant une course. Pas besoin de vous dire laquelle 😉

En attendant la 2ème manche du Championnat durant les 12h de Magny-Cours, il va falloir bosser sur les cordes vocales de Big Panini. Comme dit le proverbe, « En Avril ne te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qu’il te plaît ! »

Qui sait, une extinction de voix est si vite arrivée 😉

Lil’Viber 😉

Plus que tout, un énorme merci à toute mon équipe, Thierry, Hadi, Guigui, Valentin, Jean-François, Alain, Sebastien, Jean-Luc, Elyo. Sans vous l’aventure n’aurait pas eu la même saveur ! Big-up à mon Titi qui aura encore eu du boulot plus que prévu sur mes motos, alors que j’avais consigne de ne pas tomber !

Merci à toute l’équipe du Ducati Club de France et plus particulièrement à Ducat Tof et Olivier pour cette organisation juste démente durant ces 24 h du Mans Moto. Merci pour leur accueil et la passion qu’ils véhiculent avec tous les pilotes.

Merci aux organisatrices de la Women’s Cup et à Aline pour son implication toujours aussi importante, en plus du fait d’avoir aussi à gérer sa participation au Championnat !

Merci à ma partenaire Audrey, de Test Your Fun, toujours là pour m’accompagner au Mans et de savoir trouver les jolis mots lors de mon intervention au Lady Bike. Merci au Lady Bike, pour leur invitation et de me permettre ainsi de partager ma passion avec d’autres.

Merci à Marco et son équipe « coeur de pilote », pour les belles rencontres et de toute l’humanité qu’ils apportent dans notre sport préféré…

Merci à ma soeur de coeur, ma meilleure amie Samia, et à Manue, d’être venues me voir rouler pour la première fois !

Merci à Alessandra Sublet, d’être venue me rencontrer dans notre paddock et d’avoir pu échanger sur notre passion commune pour la marque rouge 😉

Merci à tous mes partenaires : Bridgestone / Medicis Immobilier Neuf / Bihr / Bell / RST / CL Brakes / Stema Racing / Lightech / Delerue L’Expérience Moto / EYBIS / SIXS / Ipone / Société Stickersshop / Evo X Racing / Aerographik  / VM Graphik / Dal Zotto Paris / IRC Components / Test Your Fun / Ducati West Europe / Riding Sensation / Pole Position 77 / Stickersdeluxe / Sbam / My Big Bang / PAM Racing / LLB Services

Merci à toi… d’être toujours là et de souvent te « sacrifier » pour que je sois dans la lumière…


Photos : Jean-Luc Couesme / MotoManiaque / PhotoPress / @JcartPhotographie / Ducati Club de France

Créa : VM Graphik