Nous sommes le 31 mars, en plein confinement, et comme tout le monde je suis cloîtrée chez moi. Pour couronner le tout, j’apprends que le projet Bol d’Argent « The Comix » avec Stephane Paulus doit être abandonné après 2 ans de préparation, et que la quasi-totalité de ma saison moto va être annulée.  J’ai le moral au fond des chaussettes, jusqu’à ce que je reçoive un texto à 13h32 précises…

Comme des milliers de personnes, je me suis transformée en Top Chef, maîtresse d’école et animatrice de colo 7j/7 ! Comme des milliers de personnes, il a fallu faire preuve de beaucoup de patience. D’autant plus que l’envie de remettre mon derch sur une moto commençait vraiment à devenir insupportable. Les annulations des projets motos les unes après les autres, ébranlaient fortement ma bonne humeur.

Mais un texto reçu de la part de Paty Audebert, est venu chambouler tout çà et regonfler mon moral pour pas mal de mois ! SMS qui contenait une proposition qu’il aurait été « indécent » de refuser ! Participer à une endurance de 4h : le Trophée du Million à Magny-Cours, au guidon de sa mythique Honda RC 30 ! Oui, mais Covid un jour, Covid toujours ! Et, quelques semaines après cette merveilleuse nouvelle, la course, d’abord reportée au 21 juin 2020, sera elle aussi, définitivement annulée.

Une paire d’heures plus tard, Paty me téléphone pour me poser une question.

Paty : « Lili, est-ce que du coup à la place, çà te dirait de faire le Bol d’Or Classic avec moi sur la RC 30 ? ».

Imagine que tu loues une bagnole de location genre Twingo et que faute de disponibilité on te propose à la place une Lamborghini pour le même tarif. Voilà ce que j’ai à-peu-près ressenti ! 😂

Lili : « Mais ouiiiiiiiiiiiiiii, graaaaaaaave !!!!!!!!!! ».

C’est je pense, mots pour mots, ce que j’ai dû répondre 😂. Voilà comment le Covid est devenu mon meilleur pote l’espace d’un court instant. C’est surtout un rêve de « jeunesse » qui allait enfin se réaliser. Participer à cette course mythique, au guidon d’une moto on ne peut plus mythique, avec comme coéquipière une pilote au parcours extraordinaire 😍.

Mais avant d’aller découvrir cette Japonaise des années 80 sur le magnifique circuit Paul Ricard, il allait encore falloir s’armer de patience et attendre la levée du confinement. Rendez-vous validé les 27 et 28 juillet pour les premiers essais !

Un peu d’histoire !

Le public découvre pour la première fois la Honda VFR 750 R RC 30 à l’occasion de sa présentation lors des 8h de Suzuka le 26 juillet 1987. Elle sera produite de 1987 à 1992 dans l’usine du service de compétition de Honda, le HRC à Hamamatsu. Un peu plus de 3000 exemplaires seront assemblés à la main et il faudra à l’époque débourser environ 13 000 euros pour s’offrir cette véritable moto de course. Estimée entre 40 000 et 50 000 € aujourd’hui (selon l’état et le kilométrage), investir dans des RC30 s’avère bien plus rentable que d’investir dans une assurance vie !

Son moteur 4 cylindres en V a complètement été retravaillé par les Japonais, afin d’offrir plus de puissance. Soit 112 ch pour les plus puissantes. Elle est la première moto « de série » à recevoir des bielles en titane. À 5000 euros le vilo et 1500 euros la bielle, autant te dire que tu as intérêt à le bichonner ce merveilleux moteur !

Mais ce qui fait de cette moto un mythe, c’est aussi son incroyable palmarès. Elle a tout gagné cette meule ! Deux Championnats du monde Superbike, un paquet d’épreuves en endurance (24 h du Mans, Bol d’Or, 8 h de Suzuka…), de nombreux titres aussi bien en championnat de France SuperBike que dans le reste du monde. 2 fois le GP de Macao et 26 fois le TT de l’île de Man. Une vraie légende !

Rien que le fait de prononcer « RC30 » entraîne à chaque fois la même réaction.

« Lili, tu vas voir cette moto est juste incroyable à conduire ! ». Du coup toutes ces éloges ont fini par me faire un peu peur… Peur de la mettre par terre ou pire, peur d’être « déçue » par l’essai de cette « grande Dame » !

La pression je l’ai également ressentie aussi bien dans le regard de Bob, qu’au travers des conseils de Marco le mécano.

« Lili, surtout tu y vas tranquille, tu ne dépasses pas 13500 tours, TRÉS IMPORTANT ! Vérifie aussi la température de la moto. Et si quelque chose te semble étrange, tu n’hésites pas à t’arrêter surtout. Et surtout, tu me remontes un max d’informations pour qu’on puisse avancer et travailler sur les réglages de la moto. »

Du coup, moi qui stressait de re-rouler sur ce circuit que j’avais quitté en 2017 avec un bout de cuisse en moins, je n’ai même pas eu le temps d’y penser tellement j’était concentrée à guetter l’aiguille du compte-tours !

Et puis les garçons avaient pensé à tout pour que les conditions soient optimales. J’ai l’habitude de rouler en boite inversée, et Paty en boîte normale. Le risque de passer la 1 au lieu de la 3 sur ce genre de motos, briserait tous les efforts de surveillance du compte tour. Ayant déjà fait l’erreur avec Dédé, je n’avais pas du tout envie de retenter l’expérience ! Ils nous ont du coup confectionné une pièce spéciale, un « commutateur rapide » afin que chacune d’entre nous puisse rouler dans sa version préférée. Rose pour Lili, jaune pour Paty !

Enfin la journée tant attendue de découvrir Titine, comme la surnomme Paty, était arrivée !

Me voilà en position, les fesses bien calées grâce à la mousse positionnée sur la coque arrière, comme sur Big Panini ! Moment fatidique de débéquiller. Je sens le stress de toute l’équipe, prête à me retenir au cas où mes pieds ne touchent pas le sol 😂. Ah ben nickel, c’est moins haut que mes brêles dis-donc ! Et puis avec ses 185 kg, la belle a toujours la ligne d’une vraie jeune fille.

Oh purée, je trouve pas les commandes et le sélecteur. Normal, elles sont très hautes. Je me retrouve en position de grenouille avec les jambes bien repliées. Finalement, je m’y fais rapidement et je la trouve même parfaite pour avoir une bonne mobilité sur la moto. Je me demande quand même comment font les grands gabarits dans les mêmes conditions. C’est à croire qu’elle a été pensée pour les modèles réduits comme moi 😉

Il y a un coup de main à prendre pour démarrer la moto. Je ratatouille un peu, puis commence à comprendre le mode d’emploi pour démarrer cette vieille dame ! Les sourires et la satisfaction de Marco à chaque fois que je réussis du premier coup, me donnent l’impression d’avoir accompli une mission spéciale des plus difficiles 😂. Les coups de gaz pour bien faire chauffer la moto font retentir le son grave et métallique de cette Honda. J’en ai la chaire de poule. Me voilà dans la peau de Fred Merkel, le premier Champion du monde Superbike et devinez sur quelle moto ? La RC30 évidemment !

Même pas en rêve je détache mon gant pour montrer mon bracelet avant d’arriver sur la piste. Pas possible de lâcher ma poignée de gaz aux risques de caler. La relou de service aujourd’hui ce sera moi 😂. C’est parti pour les premiers tours de piste.

J’ai ce qu’on appelle le syndrome de la bonne élève. On me dit quelque chose, j’essaie de l’appliquer et de ne pas brûler les étapes. J’ai surtout bien pris mon temps et comme dirait mon pote Greg, j’ai un peu fait « chicanos mobilos » sur la piste ! J’avais surtout à coeur de comprendre cette moto et quand tu as pris l’habitude de rouler avec une meule bardée d’électronique, ben il faut tout réapprendre. Le coup de gaz au rétrogradage, gérer le levier d’embrayage aussi bien pour passer que descendre les vitesses mais surtout plus de traction control, mon meilleur pote, alors inutile de vous dire que j’y suis allée vraiment mais vraiment progressivement sur la remise des gaz.

Sessions après sessions je commence à prendre mes marques et à découvrir cette moto au châssis d’une précision remarquable. Elle pivote et avale facilement les petites courbes. La première étant assez longue, je me retrouve même à passer quelques virages en première, ce qui ne m’arrive jamais en temps normal avec mes Ducati.

Je découvre surtout de nouvelles sensations et « piloter » prend tout son sens sur ce genre de motos. Il faut être à l’écoute de chaque réaction de la moto, ressentir et s’adapter à chaque nouvelle situation sur la piste. Cette moto est un rail et la qualité aussi bien de l’amortissement que du freinage, me fait par moment oublier que cette dame a 33 ans passés !

Les tours passent et les chronos descendent. Mon trouillomètre dans « cygne » commence à moins s’affoler et je suis bluffée par la stabilité de cette moto dans les courbes rapides. Tout roule, enfin presque ! Voilà qu’au freinage en bout de ligne droite des stands, je me prends une giclée de « je ne sais quoi » dans la tronche. Ni une, ni deux, je retourne illico presto dans la pite-lane pour informer les garçons. Nous comprenons rapidement que c’est de l’essence . Les garçons bricolent une solution alternative afin que je puisse terminer la dernière session de la journée, pensant que le problème vient certainement du reniflard.

« Vas-y roule Lili, c’est rien de grave ». Me voilà rassurée…

Je reprends la piste, remontée comme une pendule avec la certitude que l’objectif d’atteindre un chrono correct de 2,20 n’est pas loin. Mais voilà qu’à nouveau sur chaque gros freinage et rétrogradage, je me prends à nouveau une petite dose d’essence dans le casque. Malgré la chaleur et mes yeux qui commencent à larmoyer, je ne lâche rien et continue à rouler. Et oui, une bonne façon de se mettre en condition si le jour de la course ce genre de soucis nous arrivait ! On lâche rien, coûte que coûte.

Le collyre 98E10 c’est pas ce qu’il y a de plus hydratant pour mes yeux un peu sensibles 😂. Cette première journée se terminera donc en larmes 😂, mais surtout le coeur rempli de belles émotions. Je comprends mieux maintenant l’engouement de tant de personnes pour cette moto. Malgré les années, cette vieille dame garde une vivacité de jeunette !

Le soir venu les garçons, après avoir démonté la belle, ont fini par trouver et colmater la fuite qui venait en fait du réservoir. Mais toutes ces réjouissances furent de courte durée. Sur la 2ème journée de test, quelques jours plus tard, notre belle japonaise a commencé à montrer quelques problèmes sous la chaleur écrasante de ce mois d’août. Perte de puissance, puis surchauffe. Hors de question de prendre le moindre risque et fin des essais de façon prématurée pour la trentenaire. La RC 30 nous ferait-elle le syndrome de « tatie Danielle » ?!

Le charme des anciennes jusqu’au bout !

Tout poussait à croire que la dernière journée des essais prévue le 2 août allait se terminer les doigts de pieds en éventail autour de la piscine. Mais mon maillot de bain est resté au fond de ma valise. Une belle surprise se profilait afin de terminer en apothéose cette magnifique semaine dans le Var…

La suite au prochain épisode ! 😉

Lil’Viber 😉


Merci à tous nos partenaires de nous soutenir et de croire en notre jeunesse éternelle 😉

Bridgestone / BS Battery / Mot’Elec / RPM83 / Chrono Pare-brise / 4G Moto

Merci à Paty de m’avoir choisie comme coéquipière et de me permettre de réaliser un rêve de « jeunesse » !

Merci à Bob et Marco d’être là pour bichonner les motos et leurs pilotes 😉


Photos : Olivier Guillot / Christophe Gouvernelle / LilViber