Notre mythique Honda RC30 développant le syndrome « Tatie Danielle », il a fallu stopper de façon prématurée les derniers jours d’entraînement. Je pensais que la dernière journée des essais prévue le 2 août allait donc se passer les doigts de pieds en éventail autour de la piscine. Mais, mon maillot de bain est resté au fond de ma valise. Une belle surprise m’attendait afin de terminer en apothéose cette magnifique semaine dans le Var…

Et bim, quand la RC30 stoppe les essais, la GG point le bout de son nez !

Cela me rappelle une histoire que l’on m’avait racontée. Circuit du Nürburgring, un mec au volant d’une Porsche 911 préparée finit dans « le décor ». Il retourne à son camion et là, fait descendre une voiture de remplacement, une magnifique Ferrari. Voilà, c’est un peu çà que j’ai vécu. La Honda RC30 étant « out » pour cette journée, j’allais devoir me « consoler » avec la Godier Genoud 1135 😂.

Trêve de plaisanterie, je mesure la chance de pouvoir rouler avec une moto qui fait partie des légendes des courses d’endurance. La GG : abréviation de Godier-Genoud ; la « Good Game » de Kawa.

Un peu d’histoire

Godier-Genoud, c’est la rencontre de deux copains en 1967, Georges Godier et Alain Genoud. En 1972, ils se lancent en endurance sur une moto équipée d’un moteur Honda 750 et gagnent cette même année leurs premières épreuves pour finalement remporter le titre de Champions d’Europe. Leur ami commun Serge Rosset, alors ingénieur renommé, prend les choses en main pour développer l’écurie. Après avoir essuyé un refus de partenariat de la marque Honda, c’est Kawasaki qui les soutiendra et leur fournira toutes les pièces pour faire courir deux machines. Le succès sera au rendez-vous avec de nombreuses victoires et un deuxième titre de Champions d’Europe en 1974.

En 1975, avec l’aide de Pierre Doncque, professeur à l’IUT d’Amiens, ils construisent une troisième moto. La fameuse Endurance 75 qui introduit le cadre périmétrique et la suspension arrière mono-amortisseur. Et hop troisième titre remporté avec cette dernière. Alors que le succès sur la piste est au rendez-vous, ils décident pourtant de quitter la compétition pour se consacrer à leur concession Kawasaki, montée en Haute-Savoie.

Seulement 200 GG 1135 toutes numérotées seront construites et vendues. Et c’est sur la N°7 de Bob, que je vais avoir la chance de poser mon derch … C’est vous dire l’honneur qui m’est fait !

Rien qu’à la regarder je suis impressionnée par la taille du réservoir et par son imposante tronche ! Paty m’explique que ça lui fait toujours le même effet au départ. Mais une fois sur la moto, la « géante verte » se fait beaucoup plus discrète. Les garçons ont travaillé une bonne partie de la nuit afin de préparer cette moto qui n’avait pas roulé depuis le Bol d’Or Classic, une année auparavant. Et là encore ils avaient tout prévu. Même sur la GG, ils ont installé un « commutateur rapide » afin que je puisse rouler sans « trop » me poser trop de questions !

« Allez Lili, grimpe sur la moto histoire de voir comment tu te sens ! »

Et là, je découvre un monde parallèle ! Je suis partagée entre la sensation d’être dans le dessin animé « Les Snorky » ou à la place de Jean Carmet dans le film  » La soupe aux choux ». J’ai l’impression d’être aux commandes d’un vaisseau spatial derrière cette bulle si imposante.

« Bon Paty, du coup les rapports avec GG, t’es en 2 à Pont ? Tu passes la 6 et tu en tombes 2 dans Cygnes ? »

« Euh Lili, tu peux la chercher longtemps la 6, parce que y’a que 5 vitesses sur la GG 😂 ». Et ben voilà, celle là je l’avais pas encore faite !

« Et surtout Lili, tu feras gaffe parce que la GG elle braque pas du tout, Paty et Karine se sont déjà pris un bon nombre de gamelles à l’arrêt ! Alors du coup à la sortie des stands, on viendra te chercher avant le virage pour rentrer dans les paddocks ».

Ben me voilà encore bien rassurée 😂 !

Il est enfin temps pour moi d’aller découvrir cette autre moto mythique mais sur le 3.8 du circuit Paul Ricard cette fois-ci.

Tout comme pour la découverte de la RC30 quelques jours auparavant, j’y vais plus que sur des oeufs. D’autant plus, qu’il n’y a vraiment pas d’enjeu. Pas question de prendre des risques vu que ce ne sera pas notre moto pour le Bol d’Or Classic. Non, cette journée est uniquement dédiée au plaisir et à la découverte de « nouvelles sensations » sur cette moto qui a presque le même âge que moi !

Alors j’enroule et je déroule tranquillement. La partie cycle de cette moto est juste bluffante ! Une fois sur l’angle en virage, on est comme sur des rails ! Et puis quelle surprise, mais c’est que ça freine « Tonnerre de Brest » (quand mes origines bretonnes refont surface, c’est plutôt bon signe !). Je suis à l’écoute de la moindre petite anomalie qui pourrait survenir. Avec ces délicates et vieilles mécaniques sous ces fortes chaleurs, une « bielle » est si vite arrivée. Mais la GG semble inébranlable et il ne me faudra que quelques tours pour me sentir de suite en toute confiance. Cette moto est saine, robuste, sage et généreuse !

Les sliders commencent à frotter dans certains virages, puis c’est le pot qui s’y met. Popopo, je décide de calmer un peu mon enthousiasme avant de basculer dans un excès de confiance qui pourrait bien me jouer des tours. La dernière session se fera donc avec calme et maturité !

Et puis il a fallu qu’on vienne chatouiller mon orgueil. Lorsqu’un pilote vient se poser à coté de moi avant de rentrer dans la pite-lane en me disant :

« Bonjour, j’espère que je ne te t’ai pas fait peur quand je t’ai doublé dans le virage tout à l’heure… » Vous voyez de quoi je parle les meufs ? Le cliché, « Oh une fille sur la piste ça doit avoir peur quand on la double 😂 ».

Alors, à la session suivante, quand j’ai vu le coquin me doubler dans Signe, adieu calme et maturité, mon petit diable intérieur a repris les commandes ! Allez Lili, on lui montre ou pas ??! Double droite du Bosset, il ne me faudra que peu de temps avec ma super GG pour lui coller au derch. Je relève ma moto pour accélérer à fond et bim, je lui fais les freins à l’entrée du gauche suivant… Voilà, voilà … çà … c’est fait ! J’ai hésité à retourner le voir pour m’excuser : « J’espère ne pas t’avoir fait peur avec ma vieille brêle quand je t’ai doublé ». Mais cette fois mon côté « gentleman » aura pris le dessus sur mon orgueil de pistarde 😉

Voilà comment s’est achevée une nouvelle journée remplie d’émotions, de partages et de fous rires ! Voilà comment de poisson dans son bocal, je me suis retrouvée comme un poisson dans l’eau sur cette fabuleuse GG. C’est vrai que je ressemblais plus au porte-clefs de la moto ou à une coccinelle posée sur une énorme Granny Smith. Mais j’ai quand même réussi à ramener toute seule ma grosse GG sous le barnum, sans la mettre une seule fois par terre !

Non loin de là, d’autres légendes avaient pris d’assaut le paddock. Souvenez-vous de l’histoire du mec avec son camion rempli d’engins de collection à la valeur quasi-inestimable. Cette fois-ci c’est moi qui pourrai la raconter, l’histoire 😉

Pour le plaisir des yeux, pour les passionnés que nous sommes toutes et tous, çà c’est cadeau !   😉

Lil’Viber 😉


Merci à tous nos partenaires de nous soutenir et de croire en notre jeunesse éternelle 😉

Bridgestone / BS Battery / Mot’Elec / RPM83 / Chrono Pare-brise / 4G Moto

Merci à Paty de m’avoir choisie comme coéquipière et de me permettre de réaliser un rêve de « jeunesse » !

Merci à Bob et Marco d’être là pour bichonner les motos et leurs pilotes 😉


Photos : Olivier Guillot / Christophe Gouvernelle / LilViber