2 mois et demi se sont écoulés depuis ma chute et ma clavicule cassée … puis recassée. 15 jours plus tôt, sur le circuit Carole, après avoir validé que la clavette tenait finalement le coup, j’ai pris ma décision. Celle de faire la dernière manche de la Women’s Cup afin de conjurer le sort et terminer comme il se doit ce Championnat 2018.

Malheureusement, la roue ne semble pas encore décidée à tourner et mes espoirs allaient bientôt être contrariés…

Alès J-7 avant la dernière manche du Championnat de France féminin 2018 !

Après une longue route dans notre Wonder roulotte, nous voilà enfin dans le Sud pour profiter d’une semaine de vacances 100 % moto ! Car oui, roulage et compétition il y aura, mais retrouvailles et fiesta avec les copains on fera ! Le chapiteau Lil’Viber est monté, la semi-remorque de Nordhalle et Pascale est garée et les vertèbres de mon poisson pilote sont « replacées ». Il est donc temps de faire place à une grande tablée de copains pour festoyer. La chasse au chrono-apéro peut commencer 😉

Alès J-5 : redécouverte du circuit et journée de stage avec Dominique Sarron

L’unique et dernière fois que j’ai roulé sur le circuit d’Alès, j’ai terminé le cul au fond du bac après un joli « jump » par dessus une bosse. Autant vous dire qu’il y avait du boulot et toute la leçon à revoir depuis le début. Après une  journée de « re »découverte du tracé en mode « poireau qui se la traine », j’ai finalement repris assez rapidement mes repères sur ce tracé bien sympathique.

Mais, envie de plus… Et v’là qu’une place se libère sur la journée de stage organisée par Dominique Sarron ! L’occasion rêvée  de choper de bons conseils juste avant la compétition. Je m’attendais à un petit peaufinage de mon pilotage, et c’est un énorme coup de pied au cul que je me suis pris !

Dominique S. débriefing N°1 : « Alors Aurélie… ben, ça ne va pas du tout… »

Dominique S. débriefing N°2 :« Bon globalement c’est vraiment pas mal… euhhh, par contre Aurélie, ta position ça ne va pas du tout… »

Dominique S; débriefing N°3 : « C’est bien dans l’ensemble, ça progresse… bon désolé de m’acharner sur toi (rires !!!!), mais Aurélie, va falloir tout reprendre depuis le début… »

Les 4, 5 et 6 ne seront évidemment pas plus glorieux !

La douche froide ! … La claque dans la tronche ! J’ai eu le même sentiment que si j’avais rendu le devoir « de ma life » et que je récupères au final un 0/20 pour hors sujet…

Trop d’angle, trop agressive avec Panini et le cul trop scotché sur ma moto. Je sais … Ce n’est pas comme si on me l’avais pas déjà dit mais … expliqué par le « grand » Monsieur Sarron, la remise en question s’impose « fissa, fissa » !

Lili il va falloir que tu remplaces l’agressivité du « taz » qui est en toi par la douceur du « Bouddha » qui doit bien se planquer quelque part 😉

Alors j’ai bossé, j’ai écouté et j’ai testé de nouvelles choses. J’ai surtout essayé de rouler plus fluide en ne cherchant qu’une seule chose : me faire plaisir !

Ok … Je me suis faite engueuler, mais je l’ai bien vu Monsieur Sarron, planqué entre deux virages pour me zieuter. En bonne élève appliquée, j’ai retenu ses précieux conseils et je ne suis pas prête de les oublier !

Alès J-4 : le jour où tout a basculé…

Depuis des semaines ma tête est ailleurs et je suis rongée par le stress de l’attente. 3 semaines plus tôt, je fais par hasard un examen médical qui se montre plutôt inquiétant. Les résultats et la nouvelle tombent à Alès : j’ai un cancer du sein… Tout s’écroule en une fraction de seconde autour de moi. Tous les sacrifices fait quelques mois auparavant, en vendant ma pharmacie pour ne me consacrer qu’à ma passion pour la moto . Tout ce que j’ai imposé à ma famille et à mes proches en les embarquant avec moi dans cette folle aventure.

Pour la première fois de ma vie, j’ai peur.

Je n’imagine pas rouler quelques jours plus tard avec Panini… J’ai le soutien de la part de mon homme et de mes amis : « Ne te sens pas obligée de rouler… Si tu veux rentrer, on prend la route dès maintenant ».  « Lili, reste et roule, ça va te faire du bien ».

J’ai besoin de prendre du recul, de pleurer, d’accuser le coup…

Pour commencer, c’est en direction de Thorn Bike que nous partirons…

Chez Francky, check-up complet de Panini par mon grand « manie-tout » préféré. Moral reboosté après quelques bonnes rigolades. Je décide de rester pour terminer ce Championnat quoiqu’il arrive…

Alès J-1 : le jour des Qualifications ! 

Après une journée d’essais parmi les 1000cc du WERC et des chronos plutôt concluants, je me sens d’attaque pour aller chasser le chrono en Q1. Je décide de laisser partir toutes les pilotes pour avoir 1 ou 2 tours clairs avant de remonter sur les plus lentes. Et Sbam, au bout de 3 tours de piste le drapeau rouge nous oblige à rentrer en pite-lane.

Surmotivée (comme on peut le voir sur la photo…), je repars cette fois-ci au milieu du paquet de gonzesses.

Et Sbam, même pas le temps de boucler le tour, que je me retrouve le cul par terre après avoir perdu l’avant, avant l’entrée de la ligne droite. Trop de freins, trop longtemps, trop sur l’angle… J’imagine déjà la tête de Dominique Sarron ! J’ai pourtant tenté une petite Marquez, mais sans résultats, cette fois-ci…

Bon je n’ai pas vu la tête de Sarron mais j’ai vu celle de mon homme qui va avoir du taf… Pas possible de repartir. Mais je sauve les meubles en me plaçant P5, avec un tour chrono fait sur le 1er tour ! Reste la Q2 pour tenter de garder cette place, voire faire un peu mieux. Je garde ma première technique qui s’était avérée fructueuse en repartant dernière de tout le groupe. Mais dès le premier virage, Panini se met à « gueuler » à l’accélération, tout en restant scotchée sur place… l’embrayage a rendu l’âme…

J’abandonne la Q2 la mine déconfite en priant pour ne pas trop dégringoler dans le classement. Une seule concurrente me passera devant et je me qualifie finalement P6 pour ma dernière course de l’année.

Seul point positif : effectuer un tour « qualif » sur le 1er tour de la Q1 avec un total de 5 tours entre la Q1 et la Q2 ! Comme les grands !

Alès J-1 et +++ : l’opération à coeur ouvert 

Sous le barnum, le diagnostic est confirmé. L’embrayage de Panini est flingué et je me vois déjà contrainte de déclarer forfait. 2ème coup de massue sur la tête de la semaine, qui m’achève définitivement. Je parts m’isoler dans ma Wonder roulotte accompagnée de mes larmes et d’un profond sentiment d’injustice.

Mais si cette fois j’ai déjà baissé les bras, d’autres ont pour le coup décidé de ne pas rendre les armes et de se battre jusqu’au bout. Grâce à l’incroyable solidarité des paddocks, mon homme décide de récupérer les pièces nécessaires sur sa moto et de tenter une greffe d’embrayage de Yellow Panini vers Red Panini. Une grande première pour mon homme qui n’avait encore jamais tenté ce genre d’opération mais qui savait qu’il allait y passer beaucoup de temps 😉

C’est donc pendant plusieurs heures, accompagné d’une équipe de choc autour de lui, qu’il a opéré les deux Panini. Une grande reconnaissance à Luis Luc venu lui prêter main forte pour lui montrer comment remonter un embrayage. Merci encore à toutes celles et ceux venus nous aider à réparer Panini et à faire sécher mes larmes d’inconsolable Lili.

Alès Jour J : la course vers la vie…

Nous y voilà enfin. Après tant de rebondissements, de pleurs et d’émotions je suis finalement sur ma belle prête à prendre le départ d’une course qui me tient tant à coeur. Je suis tout de même partagée entre l’envie de batailler sur la piste et celle de ne prendre aucun risque en vue de ma future opération. Je me dois juste de prendre du plaisir pour ceux qui ont bossé une partie de la nuit afin de remonter Panini et pour que je puisse rouler.

Tour de chauffe en mode « les yeux derrière le casque » (on sait jamais), je viens me placer sur la grille de départ !

Le feu rouge s’éteint et je lâche tout mon stress pour m’éjecter de la grille. Saut de puce … saut de puce et … Sbam ça recommence … Jamais 2 sans 3 ! Je termine cette dernière manche par l’un de mes départs les plus foireux de l’année ! 17 places de perdues, allez hop c’est reparti…

À la différence de ma Q1 optimisée, je mets du temps à me bouger et à me mettre dans le rythme. L’idée d’abandonner me traverse même l’esprit une fraction de seconde. Moi qui suis si incisive sur les dépassements en temps normal, je réfléchis trop, j’hésite à doubler et reste parfois bloquée derrière certaines. La peur de me blesser, la peur de blesser…

Et puis, comme piquée au vif, par quelques pilotes qui viennent me taquiner, je me réveille d’un coup ! Mon petit diable endormi ressurgit très en colère et me botte les fesses illico presto ! En même temps que le plaisir et l’adrénaline refont surface, je m’élance dans une remontada dont je connais bien les secrets 😉

Les yeux rivés sur la couleur des derches qui me devancent, j’avoue ne même plus regarder le panneautage ! À 5 tours de l’arrivée, je remonte sur la P5 et vise le petit cul tout vert de sa Kawa 😉 Juste au moment de passer à l’attaque, le drapeau rouge s’agite devant ma tronche. La course est terminée suite à une lourde chute de Marina…

Pas de P5 dommage, mais une belle course et une arrivée en larme sous mon casque.

En 2017,  je fondais en larmes dans les bras de mon homme en apprenant que je montais sur le podium au général en 1000cc. En 2018, il était encore celui qui accueillait en premier mes larmes de joies. Celles d’avoir conjuré le sort en terminant cette course et me permettre d’être armée jusqu’aux dents pour affronter un nouveau combat…

Un combat qui devra se terminer sur la plus haute marche du podium…

Lil’Viber 😉

À toute mon équipe, je n’ai qu’une seule chose à vous dire : « Je vous aime »…

À celui qui accompagne toutes mes joies, mais aussi mes peines et les combats à mener, je t’aime… tellement…

Cette dernière manche chargée en émotions aura aussi été celle de l’hommage rendu à Sandrine Martin, une pilote féminine partie vraiment, vraiment trop tôt…

C’était également les 40 ans de mon amie d’enfance. Un vrai pincement au coeur de devoir choisir entre être présente pour elle et participer à cette finale…

Alors mon #14 aura été bien accompagné pour ma dernière course de l’année…

Merci encore à Aline, Emma et la FFM pour toute l’organisation et leur volonté engagée pour que ce Championnat perdure afin de montrer que les femmes ont bien leur place sur la piste !

Merci à tous mes partenaires : Bridgestone / Medicis Patrimoine / Bihr / Bell / RST / Delerue L’Expérience Moto / EYBIS / SIXS / iPhone / Société Stickersshop / Evo X Racing / Aerographik / Zydus France / VM Graphik / Alure /SEMC / Brembo / Galfer / Communication / Dal Zotto Paris / IRC Components / Test Your Fun / Ducati / Riding Sensation / Pole Position 77 / Stickersdeluxe / Jean-Luc Couesme / Sbam / My Big Bang

Félicitations  à Margaux pour son titre de Championne de France en 1000 cc et à Anne-Louise pour son titre en 600 cc. Bravo à toutes les filles qui ont le cran de participer à ce Championnat, peu importe leur niveau et leur expérience. Bon rétablissement à toutes les copines qui se sont malheureusement blessées. Merci de montrer que nous avons toutes notre place en compétition moto.

Rendez-vous en 2019… peut-être…

Crédit photos : Jean-Luc Couesme / Lil’Viber / Thierry Thomas